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La directive révisée sur les conseils d'entreprise européens : ce qu'il faut savoir, quand et pourquoi les employeurs doivent s'y préparer

18/03/2026

International News

by Paul Mennig Catherine Kerrebrouck

La directive révisée sur les conseils d'entreprise européens (CEE) a été publiée le 11 décembre 2025, après avoir été adoptée par le Parlement européen plus tôt dans l'année. Elle introduit des changements substantiels au cadre juridique régissant l'information et la consultation transnationales au sein des entreprises multinationales et des groupes d'entreprises opérant dans l'Espace économique européen.

Les objectifs de la directive sont clairs : renforcer l'efficacité des CEE et combler les lacunes de longue date en matière d'application. Son impact pratique pour les employeurs sera donc considérable. Les États membres doivent transposer la directive révisée sur les CEE dans leur droit national d'ici le 1er janvier 2028, marquant ainsi le début d'une période de transition cruciale avant son application complète en 2029.

Contexte

Les comités d'entreprise européens ont été institués par la directive 94/45/CE, puis refondus par la directive 2009/38/CE. Ce cadre impose aux entreprises multinationales comptant au moins 1 000 salariés dans l'Espace économique européen et au moins 150 salariés dans au moins deux États membres de mettre en place un mécanisme d'information et de consultation transnational avec les représentants des travailleurs.

Au fil du temps, cependant, des inquiétudes sont apparues quant à l'efficacité pratique des CEE. Les parties prenantes et les décideurs politiques ont souligné des défis tels que des définitions floues des questions transnationales, des consultations tardives ou purement formelles, et un accès limité à des recours efficaces en cas de non-respect des obligations.

Dans ce contexte, la Commission européenne a proposé une révision de la directive dans le but de renforcer le rôle des CEE, d'améliorer la sécurité juridique et de garantir une application plus efficace dans l'ensemble des États membres.

Renégociation des accords CEE : un changement structurel

La directive révisée sur les CEE modifie considérablement les règles régissant les cas dans lesquels les accords CEE doivent être renégociés et les conséquences en cas d'échec des négociations. Dans la pratique, le nouveau cadre ouvrira la voie à des renégociations pour un large éventail d'accords existants.

Suppression des exemptions antérieures à 1996 («article 13»)

Les accords CEE conclus volontairement avant le 22 septembre 1996, souvent appelés « accords au titre de l’article 13 », ne seront plus exemptés des règles énoncées dans la directive. À compter du 2 janvier 2029, des négociations pourront être engagées dans les entreprises précédemment exemptées à la demande :

  • des représentants des travailleurs existants, ou
  • au moins 100 salariés (ou leurs représentants) travaillant dans des entreprises situées dans au moins deux États membres, ou
  • la direction centrale 

Dans le cadre révisé, la période de négociation est limitée à deux ans. Si aucun accord n'est conclu dans ce délai, les dispositions subsidiaires de la directive s'appliqueront automatiquement.

Accords CEE conclus en vertu des directives existantes

Pour les CEE établis en vertu de la directive 94/45/CE ou de la directive 2009/38/CE, une renégociation pourra déjà être demandée à compter du 2 janvier 2028. Les mêmes conditions de déclenchement s'appliquent : une demande émanant du CEE lui-même, d'au moins 100 salariés dans au moins deux États membres, ou à l'initiative de la direction centrale.

Là encore, les négociations sont limitées à une période de deux ans, à l'issue de laquelle les dispositions subsidiaires s'appliqueront automatiquement si aucun accord n'a été conclu.

Nouveaux accords CEE

Pour les entreprises ou groupes relevant du champ d'application de la directive (au moins 1 000 salariés dans les États membres et au moins 150 salariés dans chacun de deux États membres), la période de négociation de trois ans pour la mise en place d'un nouveau CEE reste inchangée. Toutefois, tout nouvel accord conclu doit être pleinement conforme à la directive CEE révisée dès le départ.

Principales modifications de fond introduites par la directive CEE révisée

La réforme ne se limite pas aux mécanismes de renégociation. Elle renforce également les droits substantiels des CEE et clarifie les obligations de la direction centrale.

Élargissement du champ d'application des « questions transnationales »

La directive CEE révisée clarifie et élargit la notion de « questions transnationales », qui détermine quand l'information et la consultation au niveau du CEE sont requises.

Une question est considérée comme transnationale lorsqu’elle concerne des travailleurs dans plus d’un État membre, ou lorsqu’une décision prise dans un État membre est susceptible d’avoir un impact substantiel sur les travailleurs d’au moins un autre État membre.

La directive CEE révisée met davantage l'accent sur les effets transfrontaliers des décisions de la direction, plutôt que sur le seul lieu où une décision est formellement prise. En conséquence, des mesures telles que les réorganisations, les délocalisations d'activités, les fermetures de sites ou la centralisation de fonctions peuvent plus facilement être qualifiées de transnationales lorsqu'elles ont des conséquences pour les salariés dans plusieurs États membres.

Révision de la notion d’« influence prépondérante »

La directive CEE révisée élargit la notion d’influence dominante, qui peut désormais être établie sur la seule base du pouvoir de décision, y compris par le biais d’accords contractuels tels que des franchises ou des licences, même en l’absence de participation au capital ou de participation financière. Cela signifie qu’une société mère peut faire entrer une filiale dans le champ d’application de la directive CEE si elle contrôle effectivement les décisions commerciales clés. 

L'objectif est d'empêcher le contournement des obligations relatives au CEE par le biais de structures d'entreprise complexes et de garantir que toutes les entités soumises à une influence réelle de la direction centrale soient dûment consultées sur les questions transnationales.

Obligations en matière d'équilibre entre les genres

La directive révisée sur les comités d'entreprise européens (CEE) exige que les accords CEE visent une représentation d'au moins 40 % pour chaque genre, y compris au sein de tout conseil restreint. Lorsque cet objectif n'est pas atteint, le CEE doit fournir une justification écrite. Les employeurs doivent donc tenir compte de l'équilibre entre les genres lors de l'établissement ou de la révision des accords CEE afin de garantir une représentation équitable et de démontrer leur conformité avec les objectifs d'égalité de la directive.

Renforcement des droits à l'information et à la consultation

La directive CEE révisée renforce les obligations en matière d'information et de consultation. La direction centrale doit fournir aux représentants des travailleurs des informations en temps utile, sous une forme appropriée et avec un contenu suffisant pour leur permettre de comprendre et d'évaluer les mesures envisagées et leurs effets probables. 

La consultation doit avoir lieu avant que toute décision finale ne soit prise.

Lorsque le CEE émet un avis dans un délai raisonnable, la direction centrale doit fournir une réponse motivée et ce, avant que la décision ne soit finalisée. Cette obligation exige un engagement réel et ne peut être satisfaite par une simple prise de connaissance.

Restrictions strictes en matière de confidentialité

Les informations ne peuvent être qualifiées de confidentielles que si leur divulgation porterait gravement préjudice à l'entreprise ou au groupe. Toute restriction de confidentialité doit être objectivement justifiée. 

En limitant le recours à la confidentialité, la directive vise à renforcer la transparence et à consolider le rôle du CEE dans une consultation constructive.

Accès à la justice et sanctions

Les États membres doivent veiller à ce que les CEE puissent engager des procédures judiciaires (et, le cas échéant, administratives) pour faire valoir leurs droits. 

Les sanctions doivent être efficaces, proportionnées et dissuasives, compte tenu de la gravité, de la durée, des conséquences et de la nature intentionnelle ou négligente de l'infraction.

Prise en charge obligatoire des frais

La direction centrale doit prendre en charge tous les frais liés à la mise en place et au fonctionnement du CEE, y compris les frais liés à la formation, à l'assistance d'experts, à l'interprétation et à la représentation juridique.

Ce que les employeurs devraient déjà faire

Avant même la transposition nationale, les employeurs devraient prendre des mesures proactives pour se préparer :

  • Évaluer les accords existants : déterminer si les accords datent d'avant 1996 (« article 13 ») ou d'après, et examiner les lacunes en matière de conformité par rapport à la directive CEE révisée, en mettant l'accent sur les procédures de consultation, l'équilibre entre les genres et la définition des questions transnationales.
  • Se préparer aux demandes de renégociation : les salariés ou les CEE peuvent déclencher des renégociations dès que la transposition nationale commence.
  • Faire preuve de prudence lors des premières négociations : tout accord nouveau ou révisé doit déjà être conforme à la directive CEE révisée, même si la législation nationale de transposition n’est pas encore finalisée.
  • Prévoyez une augmentation des obligations opérationnelles et financières : anticipez des réunions supplémentaires, des formations, le recours à des experts et d'éventuels litiges, et allouez un budget en conséquence.
  • Veiller au respect des obligations en matière de consultation et d'équilibre entre les genres : assurez-vous que la composition et les processus du CEE répondent aux nouvelles exigences, y compris l'objectif de 40 % de représentation des femmes.
  • Communiquez dès le début et dispensez des formations : maintenez une communication ouverte avec les représentants du personnel et formez les cadres afin qu'ils comprennent les nouvelles règles et obligations.